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Interview dans Télérama de Mathieu Cassagne, diplômé de Supinfocom en 2001 et Lighting TD chez Pixar

Français exilé en Californie, Mathieu Cassagne a travaillé sur “Toy Story 4”, qui sort en salles ce mercredi, en tant que “lighting artist”. Il nous explique cette profession et le parcours qui l’a amené jusque-là.

 

Il vient d’Aix-en-Provence, a étudié à Valenciennes, et pourtant Mathieu Cassagne, jeune artiste français, vit et travaille en Californie, chez Pixar, où il exerce le métier de lighting artist ou lighter, artiste-lumière. Nous l’avons rencontré au sein du grand studio, dans la banlieue de San Francisco, alors qu’il mettait la dernière main au film Toy Story 4, qui sort en salles mercredi 26 juin.

En quoi consiste votre travail ?

Un lighting artist s’occupe de l’ambiance. Il accentue l’émotion d’une séquence animée. Tout ce qui peut se traduire grâce à l’éclairage : les couleurs, les ombres, les reflets sur les matières et les personnages. C’est une mise en scène par la lumière, semblable à celle qui existe dans la photographie, ou dans les films en prises de vue réelles. La différence, pour moi, c’est que tout se passe sur ordinateur. Je place des lumières « virtuelles », d’après les indications du directeur artistique et du directeur de la photographie.

Bo Peep, Woody et Giggle McDimples.

Ce travail intervient plutôt vers la fin de la production, mais pas toujours. Dans le cas de Toy Story 4, mon département est intervenu à chaque étape, du tout début jusqu’au film presque terminé. Je me suis occupé d’une séquence en particulier : la scène où Woody, le héros, rencontre par hasard sa vieille amie Bo Peep, la poupée de porcelaine, dans une aire de jeux pour enfants. Il fallait transmettre au spectateur la tendresse de ces retrouvailles : montrer l’émerveillement de Woody, et la beauté de Bo. J’ai joué avec la profondeur de champ, un effet de flou en arrière-plan – une technique qui s’appelle « bokeh » – pour ajouter de la douceur. J’ai renforcé les couleurs chaudes, atténué les ombres et la dureté des angles. Sur cette séquence, j’ai aussi travaillé, par exemple, sur l’éclairage du bac à sable, en collaboration avec le département des effets spéciaux. Les petites particules qui volent, qui s’accumulent dans l’air, tout ce qui peut ajouter du réalisme à la matière.
 

Bo Peep dans Toy story 4

Quel a été votre parcours ?

Je travaille chez Pixar depuis novembre 2008. Je vais bientôt fêter mes dix ans au sein du studio. Ici, c’est une célébration tout à fait officielle… Pour l’occasion, on va me remettre une statuette de Buzz l’Eclair, en bronze. Et j’aurai droit à une plaque, avec mon nom gravé dessus ! J’ai fait mes premières armes durant la préparation du film Là-haut, et depuis j’ai travaillé sur à peu près tous les autres, Vice versa, Cars 2,Le Voyage d’Arlo… J’ai aussi eu beaucoup de plaisir à participer à quelques courts métrages – Le Parapluie bleu, par exemple : c’est un autre rythme, on a moins de temps, mais plus de liberté créative…

Après mon bac, j’ai fait les Beaux-Arts et une école de graphisme, puis deux ans à Supinfocom, l’école supérieure d’animation de Valenciennes. A la sortie, je suis allé bosser trois ans en Suisse dans une agence de publicité. Et puis tout s’est précipité : j’ai fait un voyage à Los Angeles, pour visiter un salon consacré aux effets spéciaux et aux images numériques, le Siggraph. Je pensais juste y faire un tour, et attendre l’année suivante pour tenter ma chance aux Etats-Unis. Mais le hasard en a décidé autrement. Je me suis retrouvé invité à déjeuner par d’anciens élèves de Supinfocom. A table, il y avait aussi des responsables de DreamWorks [le studio qui a produit Shrek, Dragons, Kung Fu Panda, ndlr]. De fil en aiguille, ils ont regardé une démo de mon travail, et m’ont fait passer un entretien d’embauche. A la fin du salon, ils m’ont fait une offre d’emploi. Deux mois après, je travaillais pour eux. Rien n’était planifié. D’habitude, c’est beaucoup plus formel ! Trois ans plus tard, je les quittais pour aller travailler chez Pixar.

Que conseillez-vous à ceux qui rêvent d’une carrière américaine comme la vôtre ?

D’abord, et avant tout, d’apprendre l’anglais ! C’est un métier où il faut beaucoup interagir avec le reste de la production, être capable d’expliquer et d’affiner son point de vue. Il ne suffit pas d’être talentueux ou de maîtriser une technique, il faut pouvoir s’exprimer. D’autant que Pixar rassemble des artistes du monde entier, du Venezuela à la Corée du Sud ou à la Chine – et c’est ce qui fait la richesse du studio –, une grande diversité d’origines et de sensibilités… Et puis, bien entendu, il faut être vraiment motivé. Il est aussi indispensable d’être sûr de ce qu’on aime faire.

Contrairement à d’autres structures dans le monde où l’on peut travailler dans l’animation en touchant un peu à tout, les grands studios américains reposent sur une importante division du travail. Il faut maîtriser une spécialité bien définie pour les intégrer. En ce qui me concerne, j’ai choisi le lighting très jeune. Dans la peinture, la photo, je m’intéressais particulièrement aux effets de lumière. Dès l’enfance, j’étais déjà un gamin rêveur, j’aimais regarder le ciel, ses nuances, ses changements… Et le film de fin d’études que j’ai coréalisé à Supinfocom, avec trois autres étudiants, est totalement contemplatif. Il n’y a presque pas d’animation ! Aujourd’hui encore, je m’émerveille d’être ici, à chaque fois que je passe le portail du studio. C’était mon rêve depuis toujours, quand j’accrochais des photocopies couleur de 1 001 Pattes à mon vieil ordinateur d’étudiant. Donc, mon conseil se résume en trois mots : la passion, la passion… et la passion.

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