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Mathieu Cassagne (Lighting TD chez Pixar) : « la bataille entre la technologie et l’art »

Par Jérôme Lachasse (BFM TV) • Publié le 26/10/2019 à 09h38

Diplômé de RUBIKA Supinfocom en 2001, Mathieu Cassagne travaille depuis 10 ans chez Pixar. A l’occasion de la sortie vidéo de Toy Story 4, il raconte comment le studio repousse les limites de la technologie pour livrer des bijoux d’animation.

Ils sont des centaines et des centaines de techniciens de l’ombre à travailler sur chaque production Pixar. Parmi eux, des dizaines de Français, dont Mathieu Cassagne. Arrivé à Pixar en novembre 2008, il a notamment travaillé sur Vice Versa, Cars 2, Le Voyage d’Arlo et Toy Story 4. Un rêve pour ce jeune homme né à Aix-en-Provence et passé notamment par les Beaux-Arts et RUBIKA Supinfocom, l’école supérieure d’animation de Valenciennes.

Chez le géant de l’animation, Mathieu Cassagne occupe un poste clef, mais peu connu du grand public. Il officie en tant que lighter, soit artiste-lumière:

« Sur Toy Story 4, j’ai travaillé avec les couleurs, les ombres, les effets de lumière et de matière pour donner l’ambiance à différentes scènes. Je travaille en collaboration avec le directeur de la photographie », explique-t-il.

Le Français a notamment supervisé deux séquences. La première, très émouvante, met en scène les retrouvailles de Woody et de la bergère, Bo Beep, dans un parc. Des retrouvailles rapidement interrompues par une horde d’enfants venue s’amuser avec ces jouets abandonnés. Nos deux héros leur échappent de justesse puis se retrouvent sous des arbres pour rattraper le temps perdu.

La deuxième scène, tout aussi mouvementée, bien que moins émouvante, se déroule chez l’antiquaire. Woody tente d’y échapper au chat de la boutique et de récupérer Fourchette, le jouet inventé par leur maîtresse Bonnie.

REPRÉSENTER LA JOIE

Une des particularités de Toy Story est de mêler des personnages tantôt photo-réalistes, tantôt cartoonesques. Éclairer des séquences avec des personnages aussi différents les uns des autres est cependant une chose aisée pour les magiciens de Pixar: « Sur chaque personnage, on applique des matières qui réagissent à la lumière d’une manière naturelle. En amont, avant de commencer le travail, on a normalisé tous ces matériaux – les poils du chat, la porcelaine de Bo Beep, etc. – pour qu’ils réagissent de la même manière à la lumière. »

La lumière occupe aussi une autre fonction: celle de pouvoir évoquer, sans un mot, les sentiments des personnages. Une sensation retranscrite à merveille dans la scène où Woody retrouve Bo Beep: « On part d’une lumière matinale un peu jaune, blafarde et quand ils se retrouvent, comme ils s’aiment, j’ai accentué les couleurs pour qu’elles soient plus chaudes. Quand Woody voit Bo Beep pour la première fois, il y a deux petits passages de lumière sur son visage, comme s’il était émerveillé. On a aussi ajouté des effets de flou en arrière-plan. On a des formes de particules flottantes arrondies, ovales, qui viennent ajouter des lignes plutôt douces et représentent la joie des retrouvailles. »

Chaque production Pixar témoigne des avancées technologiques du cinéma d’animation. « Avant de commencer Toy Story 4, on a fait des recherches sur les énergies solaires, le type de lumière que l’on pouvait utiliser. Je me levais à quatre heures du matin et je me rendais sur les collines de San Francisco afin d’établir une charte graphique pour chaque heure de la journée et tester ce qui marchait ou pas pour avoir une base de travail plutôt réaliste. »

Grâce à ces recherches permanentes, le film d’animation entre désormais de plus en plus en concurrence avec le film en prises de vue réelles. Résultat: plus de détails et plus de subtilités tout en conservant l’originalité des personnages. « On veut que ça reste un Toy Story, mais si on veut pousser l’image pour la rendre plus belle, avec plus de profondeur, plus de couleurs, plus de réalisme dans la lumière, on le fait », précise Mathieu Cassagne.

CONFONDRE RÉALITÉ ET ANIMATION

Les avancées en la matière sont spectaculaires. Quel chemin parcouru depuis Là-haut, le premier Pixar sur lequel Mathieu Cassagne a travaillé: « On avait des outils qui faisaient des ombres non réalistes. » Depuis, le studio a notamment produit Le Voyage d’Arlo, qui mêle à la manière de Toy Story personnages cartoonesques et décors photo-réalistes.

« La directrice de la photographie était peintre. Elle était très précise sur les couleurs et savait exactement ce qu’elle voulait en terme de lumière: quelque chose de réaliste, mais aussi d’impressionniste. Toy Story 4 est plus réaliste, avec plus d’effets photographiques. »

La quatrième aventure de Woody s’ouvre sur une séquence nocturne, sous une pluie battante. Le détail des gouttes, le reflet de la maison dans l’eau, la brillance des flaques sont très impressionnants, donnant l’impression que les magiciens de Pixar peuvent désormais tout accomplir:

« Oui, on peut tout faire, mais il y aura toujours des choses qui seront plus chères, plus longues à faire. C’est la bataille entre la technologie et l’art. On essaye de faire les choses le plus rapidement possible pour nous permettre de pousser le côté artistique d’une image. On trouve toujours quelque chose pour aller plus loin. On pourrait jouer avec la réalité et le spectateur ne se rendrait pas compte de ce qui est réel et de ce qui ne l’est pas. Ce n’est pas vraiment ce qu’on a essayé de faire avec Toy Story 4, mais si on voulait vraiment le faire, on pourrait y arriver. »

>> ARTICLE ORIGINAL : « Toy Story 4: comment Pixar continue de repousser les limites de la technologie »
 
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